Le rhum et La Réunion

Une histoire pluri-centenaire !

De nombreuses recherches permettent de retracer les étapes de la mise en sucre de l’île de La Réunion, mais rares sont celles consacrées à l’aventure du rhum réunionnais. Pourtant, des récits de voyage, mémoires et documents officiels témoignent d’une production d’alcool dès le début du peuplement de l'île. Cette dernière précède d’ailleurs celle du sucre !

« Regards croisés entre une île, des hommes, une production »

"Depuis le XVIIe siècle, l’île de La Réunion est le théâtre de l’histoire singulière et grandiose de la canne et de l’élixir que les Bourbonnais en ont extrait, LE RHUM. Ce « roseau de miel » inspire depuis l’origine poètes, musiciens, artistes et voyageurs de passage… Du fangourin des premiers habitants aux mille saveurs des rhums des artistes distillateurs, La Réunion a hérité d’un savoir-faire ancestral dont La Saga du Rhum est l’écrin."

Partez à la découverte de l'histoire du rhum réunionnais...

Quelques repères historiques...

  • 1665 Colonisation définitive de l’île Bourbon

    La Compagnie des Indes Orientales qui administre l’île dès sa prise de possession se désintéresse de la canne à sucre au profit de celle du café. Cela freine alors la production locale d’alcool qui ne peut rester qu’artisanale. Les habitants, mal approvisionnés en eau-de-vie, produisent alors un vin de canne, le fangourin du nom de l’appareil servent à écraser les cannes.
  • 1704 Premier alambic recensé à la Réunion

    Le premier alambic recensé dans l’île sert à la fabrication d’arack, un alcool obtenu par distillation du jus de canne fermenté. Avec un degré d’alcool plus élevé que le fangourin, l’arack a mauvaise réputation et nombreux sont les voyageurs qui évoquent ses effets néfastes sur la santé des habitants.
  • 1815 Création de la 1ère distillerie moderne par Charles Panon-Desbassayns et début de l’industrie sucrière

    La canne à sucre s’affirme comme culture d’exportation et connaît un véritable essor. L’industrie sucrière, qui mobilise la majorité des cannes de l’île et qui produit une importante quantité de sirop non cristallisable, contraint les distilleries à utiliser un coproduit de la canne pour fabriquer leur rhum, la mélasse : l’île entre ainsi dans l’ère du « rhum traditionnel de sucrerie ».
  • 1818 Début de l'industrie rhumière

    Le commerce d’arack et de rhum s’intensifie à tel point que cela attire l’attention de l’administration. Elle créée en 1818 la « Ferme des Guildives », société chargée du privilège exclusif de fabriquer et de débiter des rhums, arack en gros et en détail et d’en introduire dans l’île. Ce système, très restrictif pour les producteurs, va générer des circuits marrons. Il prend fin en 1831. Le privilège qui lui était accordé est alors confié à La Société des Guildives jusqu’en 1846. Inefficace face à la fraude, le système de fermage s’essouffle.
  • 1845 Création de la Maison ISAUTIER

    Créée en 1845, la distillerie Isautier est la plus ancienne de l’île, gérée par la famille éponyme depuis six générations. Elle compte parmi les premières distilleries à tenter l’expérience du vieillissement au début des années 1970 et peut s’enorgueillir aujourd’hui de proposer sur le marché, un rhum d’exception de 33 ans d’âge.

    Elle a également été pionnière dans la mise sur le marché des rhums arrangés, qui constituent l’axe de développement principal de la profession.

  • 1848 Abolition de l’esclavage à La Réunion

    Six mois après la publication du décret d'abolition de l'esclavage par le gouvernement de la République française, le commissaire général de la République, Joseph Napoléon Sébastien Sarda. Il promulgue le décret d'abolition avec effet le 20 décembre 1848. Ce seront près de 62 000 esclaves qui seront libérés.

    Le 20 décembre est aujourd'hui férié et chômé à La Réunion. C'est la « fête des Cafres » (d'après le nom donné aux anciens esclaves africains) ou la fête de la Liberté...

  • 1870Création de la distillerie Savanna

    On retrouve les traces d'une toute première distillerie Savanna vers 1870 sur le domaine de Savanna à Saint-Paul. C'est en 1992 que cette distillerie est transférée à proximité immédiate de l’usine sucrière et de la centrale thermique de Bois-Rouge à Saint-André. Elle appartient au groupe Réunionnaise du Rhum depuis 2013.
  • 1886Création de la distillerie Rivière du Mât

    Créée en 1886 au lieu-dit Rivière-du-Mât, la distillerie a été transférée à Saint-Benoît en 1984 sur le site industriel de Beaufonds. Filiale du Groupe La Martiniquaise depuis 2012, elle est le résultat du regroupement de la distillerie de Beaufonds et de celle du Gol.
  • 1914 – 1918 Première Guerre mondiale

    La première guerre mondiale va directement influencer la production locale. Pour compenser la baisse de la production indigène touchée par les zones de combats, la France réquisitionne la production nationale dans sa totalité. Le rhum trouve alors plusieurs utilisations hygiéniques et sanitaires. Incorporé à la ration des Poilus, le rhum permet de lutter contre le froid dans les tranchées et pallie le manque d’eau potable. Habitués à en boire, les Poilus le consomment sous forme de grog ou le rajoutent dans le café pour lutter contre les maladies hivernales.
  • 1921Réglementation de l'appellation "rhum"

    Pour la première fois l’appellation "rhum" est réglementée : « La nomination de rhum ou de tafia est réservée à l’eau-de-vie provenant exclusivement de la fermentation alcoolique et de la distillation soit des mélasses ou sirops provenant de la fabrication du sucre de canne, soit du jus de canne à sucre. »
  • 1922 Loi de contingentement du rhum

    Au lendemain de la première guerre mondiale, les stocks superflus de rhum sont revendus sur le marché français à des prix dérisoires. Les viticulteurs français, qui se remettent à peine du phylloxéra, pointent du doigt cette concurrence déloyale. La France institue alors une taxe réglementant les exportations de rhums coloniaux vers les marchés métropolitains. Appelé contingentement, ce régime est toujours en vigueur aujourd’hui et son volume ainsi que sa répartition sont périodiquement revus.
  • 1939 – 1945 Seconde Guerre mondiale

    La Réunion est isolée par le blocus et la France ne peut plus recevoir de rhums d’outre-mer. Bien qu’épargnée par les combats, l’île souffre de l’arrêt quasi-total d’approvisionnement. L’état de guerre n’impacte toutefois pas la filière et la consommation locale gagne en croissance. Au sortir de la guerre, le gouverneur de l’île estime pourtant que 70% des champs de cannes ont été détruits en faveur des cultures vivrières destinées à nourrir la population.
  • 1946 Départementalisation

    En 1946, la Colonie devient Département d’Outre-Mer. Cette Départementalisation, qui apporte la promesse d’un développement, ne se fait que progressivement dans une île plongée dans la misère à la suite de la Seconde Guerre mondiale. Au début des années 1960, une nouvelle conjoncture se dessine, notamment grâce à des mutations politiques qui transforment profondément la société réunionnaise.
  • 1972 Création du G.I.E Rhums Réunion

    L’année 1972 marque le regroupement des rhumiers de l’île au sein d’un Groupement d’Intérêt Économique (G.I.E) qui développe une marque commune : le fameux « rhum Charrette » est né. En 1988, un nouveau conditionnement apparaît sous la forme d'une petite flasque en plastique de 20cl, la « Pile Plate » (nom donné à cause de sa forme carré). En 2006, le degré d’alcool de la "pile plate" (Charrette) est réduit à 40% (au lieu de 49% auparavant) afin de lutter contre l’alcoolisme.
  • 1992 La Réunion, "Région Européenne Ultrapériphérique"

    Le développement économique de l’île s’accélère en 1983 lorsque le Département de la Réunion devient une région française avec la décentralisation. Le statut de Région Européenne Ultrapériphérique acquis en 1992 est un atout majeur pour La Réunion : les subventions perçues lui permettent de stimuler son développement économique. La stabilisation des surfaces cultivées en cannes, l’irrigation, la libération de nouvelles variétés ont permis d’accroître les rendements et de conforter la production sucrière et rhumière de l’île.
  • 1988 Définition du rhum traditionnel de sucrerie et du rhum agricole

    "La dénomination "rhum traditionnel" suivie du nom de l'appellation d'origine est réservée à l'eau-de-vie provenant exclusivement de la fermentation, réalisée dans l'aire géographique, de mélasses ou de sirops issus de la fabrication du sucre de canne ou de jus de canne à sucre [...]."

    "La dénomination "rhum agricole" suivie du nom de l'appellation d'origine est réservée à l'eau-de-vie provenant exclusivement de la fermentation alcoolique réalisée dans l'aire géographique, du jus de canne à sucre [...]."

  • 2008 Inauguration de la Saga du Rhum

    La Saga du Rhum est le fruit de la collaboration des trois distilleries de La Réunion - Savanna, Isautier et Rivière du Mât - réunies autour d’une ambition commune : la promotion d’un produit local, le rhum. Le projet, porté par (feue) Danièle Le Normand, valorise, par le prisme du rhum, les traditions locales et le patrimoine de la Réunion. Établissement touristique et culturel à visée éducative, il est aujourd'hui incontournable dans le Sud de l'île.
  • 2018 La Saga souffle sa 10ème bougie !

    Pour souffler ses 10 bougies, le musée accueille "Secrets de Rhum", une exposition anniversaire d’exception, doublée de l’édition d’un magnifique ouvrage éponyme. L’agence d'ingénierie culturelle Meta-Morphosis a participé à son élaboration en collaboration avec Emilie Carpaye, la chercheuse en Ethnologie de la Saga du Rhum. L’enjeu est double : mettre en lumière le savoir-faire réunionnais en associant art et recherche, et offrir un éclairage inédit sur l’histoire du rhum locale : une première à La Réunion !